Le Pignouf Hivernal Urbain.



Un pignouf, c'est tout le contraire d'un gentleman. 

C'est quelqu'un dont le sans-gêne militant constitue un sacerdoce, non par méchanceté, mais parce qu'il s'en fout complètement.

Il téléphone aux heures des repas (normal, son téléphone à lui est à droite de son assiette), chipote les additions au resto, stationne bêtement dans les points de passage obligés (par exemple devant les portes du tram, alors qu'il ne descend que dix arrêts plus loin), souffre du syndrome des couilles de Crystal (qui le force à s'asseoir jambes écartées) et fait profiter son voisinage de ses goûts musicaux merdiques.

Il importe au véritable gentleman de connaître les mœurs de ce pénible afin, premièrement, de ne jamais l'imiter, et, deuxièmement, de s'en tenir loin, parce que la tentation de le tuer serait irrépressible. Et que ça, ce n'est pas bien!

Vu la saison présente, intéressons nous ce mois-ci à la variante hivernale.

Le Pignouf Hivernal Urbain, que par commodité nous appellerons PHU, peut se reconnaître, et c'est bien pratique, à son apparence. Car si l'habit ne fait pas le moine, il n'en reste pas moins important de pouvoir, d'un coup d'œil, repérer les signaux d'alerte.

Le PHU se prend pour un aventurier, même (et surtout) quand la dite aventure consiste en un "city-trip" pour visiter un marché de Noël : il est donc équipé en conséquence.

Aux pieds, des chaussures du type "solides mais confortables", qui seront surmontées d'un jeans trop court aux chevilles. La ceinture est une ceinture de ville, celle portée habituellement sur son costume de ville, et est souvent garnie d'un étui en skaï qui contient un canif suisse, le plus gros modèle disponible (on ne sait jamais).

La veste, style parka, est un coûteux modèle très technique en gore-tex, du genre "courses en montagne", et surmontée d'un bonnet. Sur le dos, notre PHU porte greffé un sac, d'une contenance approximative de 50 litres, dont l'apparence dément absolument le look "alpiniste de l'extrême" recherché, et dont il ne se départ jamais, se faisant de la sorte plein de copains, puisqu'il s'obstine à le garder sur le dos dans les transports en commun aux heures de pointe. En main, le PHU garde ses accessoires ultimes : un téléphone portable dernier cri et une perche à selfie, téléphone dont il se sert toute les trois minutes pour vérifier son itinéraire. Comme il n'est pas foutu de lire une carte, il demande, (sans formules de politesse superflue) son chemin aussi souvent que possible, ce qui ne l'avance pas à grands chose puisqu'il ne tient absolument aucun compte des indications reçues.

Ne faites pas comme lui. Et surtout, pensez encre: